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정희수 칼럼

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  Dr. Joseph Chung - Column
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                                                                    Joseph Hee Soo Chung, Ph.D., Professeur, UQAM

Je priais très fort pour que je puisse comprendre les cours, pour que je sois apprécié par mes camarades de classe, enfin pour que mes pensées et mes actions soient en accordance avec la volonté divine. Très souvent, j’allais confesser même pour des choses qui me paraissaient maintenant insignifiants, mais cela m’apportait grand confort.

À la Faculté, avant de commencer les cours, on récitait une prière en latin. Le but était de nous rendre plus humble face à la science et devant les professeurs. Cette façon de faire m’impressionnait. Venant d’un pays confucianiste où la religion ne fait pas partie de la vie quotidienne, la manière dont les Québécois pratiquaient tous les jours leur religion me paraissait très enrichissante. À la même époque, je faisais partie d’un groupe de jeunes étudiants qui voulaient étudier la Bible. Nous n’étions pas nombreux mais très sérieux.

   Les membres de ce groupe recherchaient le vrai sens de la fois chrétienne. Finalement, nous sommes arrivés à la conclusion que le cœur du christianisme est l’amour des autres, c’est-à-dire, l’amour « agapé.» Ce genre d’amour implique trois éléments. Tout d’abord, il faut accepter le monde pour ce qu’il est, puisque l’être humain est un temple de Dieu, dont un être est très précieux. L’homme est créé par le Dieu et par conséquent, quelque soit la couleur de peau, l’origine ethnique, le niveau d’éducation, il mérite le respect. En deuxième lieu, ce genre d’amour signifie que l’on doit valoriser les qualités de chacun et minimiser les défauts. Enfin, en troisième lieu, on doit partager ensemble la joie et consoler la souffrance.

   Imbu de cette théorie, je voulais savoir si j’étais capable d’un tel amour. Alors, j’ai décidé de tenter une expérience. Un bel après-midi, je me suis rendu au coin des rues Couillard et St-Jean. Je m’y suis assis pendant près de trois heures, j’ai regardé devant moi les passants qui s’affairaient à leur tâche quotidienne. Je voyais des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes, des minces, des gros, des gens habillés richement, d’autres pauvrement, des femmes jolies, des femmes moins jolies, des gens à l’aire joyeux, des gens à l’air triste, quelques noirs et asiatiques, bref, un bel échantillon des êtres humains. J’aurais certainement vu des centaines de personnes. Alors, je me suis demandé très sérieusement s’il m’était possible d’aimer toutes ces personnes avec le genre d’amour « agapé. » Après mûre réflexion, à ma grande surprise, j’étais sûr que je le pourrais. Cet évènement a sûrement changé ma vie et j’ai essayé de vivre selon les principes de cet amour chrétien.

  Je vous raconte une expérience qui démontre bien ce qu’est l’amour chrétien. La première expérience remonte aux années soixante alors que j’enseignais dans une université au Nord de l’Ontario. Pendant près de deux ans, un collègue et moi-même participions à une étude portant sur le développement de la ville que nous habitions. Nos travaux respectifs étaient supposément volontaires et sans rémunération. Près de deux ans plus tard, un collègue m’apprend que mon partenaire de recherche recevait de l’argent pour nos travaux. Cependant, j’ai gardé silence. Le temps passe, et un soir il m’invite au restaurant pour m’avouer la vérité. Je lui ai dit que j’étais au courant. Alors, il m’a demandé pourquoi je ne lui en avis pas parlé. Je lui ai répondu « Je ne te l’ai pas dit pour te donner une chance de me dire la vérité. » Il insistait pour de dédommager, mais j’ai refusé. À mes yeux, sa malhonnêteté serait moins importante que ses qualités. Il est devenu plus tard, un chercheur réputé.

   Dans les années cinquante, il y avait une école de pensée économique assez spéciale. Il s’agissait de l’école de « l’économie humaniste » du Père Lebret de France. D’après cette école de pensée, ni le socialisme ni le capitalisme ne peut offrir la vraie solution aux problèmes de la faim dans ce monde. Dans le régime du socialisme, la production et la distribution des biens et services sont effectuées par l’État et le mécanisme du marché ne joue qu’un rôle très marginal. Or, un système pareil ne peut fonctionner que dans une économie de petite taille et très simple. Au fur et à mesure que la taille de l’économie s’élargit et la gestion de la production et de la distribution des biens et services devient plus complexe et plus compliquée, le système ne peut pas faire autrement que s’effondrer. L’État ne peut pas tout savoir. Par contre, dans le régime capitaliste, la production et la distribution des biens et services sont déterminées par le mécanisme de prix. À partir d’un point d’équilibre du marché, si le prix augmente, toute autre chose égale par ailleurs (ceteris paribus), le producteur augmentera sa production et le prix diminuera. Si, par contre, le prix diminue, ceteris paribus, le consommateur consommera davantage et le prix augmentera. Ce processus continuera jusqu’à ce que l’équilibre soit rétabli.

 Cependant, le fonctionnement efficace d’un tel régime présuppose une concurrence parfaite dans le marché et un jeu équitable entre les différents agents économiques. Pour que la concurrence sur le marché soit parfaite, il faut que le bien soit homogène, qu’il soit mobile d’une place à l’autre, que les renseignements sur le marché soient parfaits, que le nombre de producteurs du biens soit très grand. Il est évident qu’il est difficile de satisfaire à touts ces conditions. D’autre part, pour que le marché soit équitable, il faut que tout le monde ait l’accède aux mêmes renseignements, qu’ils aient le même pouvoir de marchandage et qu’ils aient la même productivité. Il va de soit qu’une telle situation n’existe pas dans la réalité. Le plus grand défaut du capitalisme est précisément la tendance de créer l’inégalité et l’injustice sociale.

   L’économie humaniste proposait un système alternatif où la production et la distribution des biens et des services sont déterminées par l’amour chrétien. Ce système peut paraître une utopie, je l’admets. Cependant, le capitalisme et le socialisme ont le grand défaut de privilégier un petit groupe d’élites, qui ont de la chance d’avoir le pouvoir et la richesse d’une part et de pénaliser les pauvres et les moins nantis d’autre part.